mardi 15 septembre 2015

La surconsommation à Londres, un frein à la macroéconomie écologique ?

A Londres, il y a une vie le dimanche. En effet, difficile de s’ennuyer dans la capitale qui approche les neuf millions d’habitants. Le dimanche tout est ouvert. On peut décider d’aller faire ses courses vers 15h si l’envie nous prend, d’aller visiter les musées, de faire du shopping dans les beaux quartiers ou encore d’aller au pub voir le match. Et Londres mise gros sur la consommation puisque la capitale veut encore augmenter la flexibilité d’ouverture des magasins le dimanche.  
Les magasins d’Oxford Street, la rue la plus bondée de Londres, ne désemplie pas le dimanche, bien au contraire. Et l’on croise énormément de français dans les rues, Londres est d’ailleurs connu internationalement pour l’ouverture des grands magasins le jour dominicale.


Au Royaume-Uni, cette ouverture est autorisée depuis 1994. Cette décision avait provoqué une vraie révolte à l’époque. Le gouvernement britannique avait d’ailleurs proposé l’ouverture des magasins le dimanche dès 1986 mais le Parlement avait rejeté la décision, les conservateurs trop attachés à la protection de la vie de famille. De plus, ils craignaient de voir les églises désertées.

Aujourd’hui, Londres est un véritable temple de la consommation bien devant Paris et New-York pour le nombre et la diversité des boutiques. Dans chaque quartier de la capitale, il est possible de retrouver les mêmes enseignes très connues, elles-mêmes mêlées à d’autres petits magasins. Les magasins de plus de 280 m² ont le droit d’ouvrir de 10h à 18h le dimanche et les autres quand ils le souhaitent.

En France, le dimanche c’est une toute autre histoire. La capitale parisienne aimerait profiter de la manne du tourisme international mais il y a un hic, les magasins sont fermés le dimanche. Londres a d’ailleurs une longueur d’avance sur Paris. Une étude de la London School of Economics, a annoncé que le dimanche, la capitale avait gagné environ un milliard de livres en un an soit 1,4 milliard d’euros.

Ainsi, ouvrir les magasins le dimanche est-il oui ou non une bonne chose ? Cette question rejoint le flot croissant d’interrogations sur notre modèle économique basée sur la croissance mais aussi l’endettement et la spéculation. Pour les raisons évoquées plus haut, certains seront d’avis de maximiser nos chances de relancer la croissance en sortie de crise, d’autres préféreront protéger ce jour sacré partagé en famille depuis des générations et revenir à des choses plus simples bien loin du consumérisme à tout va.

Dans Prospérité sans croissance, l’économiste britannique Tim Jackson nous éclaire sur ce sujet. Depuis huit ans, le capitalisme a conduit le monde vers une crise brutale sans précédent, d’une puissance et d’une étendue inégalée. Pour Tim Jackson, la croissance de la production se heurte aux limites écologiques. Nous savons que la planète est finie et que perpétuer ce mode de vie de consommation effrénée nous conduit vers une autre crise encore plus dramatique car écologique et irréversible. En ce sens, les recherches d’une formalisation des idées visant un monde plus soutenable se multiplient.

Dans son livre, Tim Jackson, synthétise la critique de la croissance économique et tente de définir une conception de la prospérité alternative et d’une macroéconomie écologique. Il rappelle que la croissance économique infinie n’est pas possible car cette croissance se heurte aux limités écologiques. Apparaît donc une dichotomie entre l’augmentation de la production mesurée par le PIB et les indices de satisfaction. Pour lui, il est donc essentiel de mesurer le bien-être de la population par autre chose que la seule abondance matérielle.  

Pour Tim Jackson, « L’économie […] suppose que la valeur est équivalente au prix que les personnes sont disposées à payer pour se les procurer sur des marchés fonctionnant librement. La théorie économique moule l’utilité sur la valeur monétaire des échanges de marché. » (p. 53). Cependant, il pense qu’il existe une inadaptation du concept d’utilité qui tient du fait qu’il existe en réalité deux types d’utilité : celle qui mesure le PIB et celle qui mesure la satisfaction.
Pour prévenir l’épuisement de nos ressources, l’augmentation des émissions mondiales de carbone, de la pollution des eaux, etc. nous n’avons pas d’autre choix que de sortir du consumérisme. L’économiste britannique suggère alors un « hédonisme alternatif » qui permettrait de retrouver du sens à la vie, aux échanges et aux solidarités.

Mais Londres n’est pas en reste sur ce sujet. Un quartier de la capitale, Camden, est particulièrement axé sur une culture alternative avec le développement de magasins artisanaux, de seconde main, de boutiques où le profit des vêtements est destiné à des associations. Bien loin des temples de la consommation que l’on retrouve ailleurs dans la capitale, le quartier compte de nombreux marchés de rue et de lieux où la culture et la musique sont mises en avant ouvrant ainsi la voie à une frugalité heureuse.


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